dimanche 6 août 2017

Samedi noir, dimanche bleu-soleil...

J'aime les contrastes mais je me serai bien passée de celui-là : samedi matin, tout avait bien commencé : un Matcha d'abord puis direction la cuisine pour préparer de quoi recevoir dignement mon hôte, pas grand chose, il ne vient que pour goûter. Puis tout à coup, une explosion dans mon crâne et la violence d'une migraine dont j'avais même oublié l'existence. Je me suis précipitée sur mon PC pour décommander cette visite que j'attendais depuis si longtemps et me suis couchée dans la pénombre de ma chambre, tellement déçue alors que je n'ai que de bonnes nouvelles en ce mois à l'agenda très rempli. Vers 15 heures, mon GSM sonne, c'était Jean-Claude, devant la grille fermée... Il n'avait pas lu son courriel, Xavier était absent sinon il aurait pu l'accueillir, j'ai voulu me lever mais impossible de faire un pas... J'aurais pu l'appeler mais comme je déteste le téléphone, je n'avais pas son numéro. Cher Jean-Claude, je te promets que la prochaine fois je te ferai oublier cela ! 
Ce matin, un beau ciel bleu-soleil décoré de nuages blancs annonce une belle et douce journée. Après un petit-déjeuner avec mon mari, je rejoins mon salon bleu-thé pour continuer la lecture d'un livre merveilleux qui me fait voyager. En préparant mon divin breuvage, un Sencha Uraka, je repense à cette si jolie phrase : "La lecture nous offre un endroit où aller lorsque nous devons rester où nous sommes"... 
En savourant ce nectar de là-bas, je médite sur cette belle phrase, si vraie, dont je ne connais malheureusement pas l'auteur... 
Je me plonge alors dans cet ouvrage, comme un hymne à la Nature, une grandiose histoire des jardins japonais. Couverture cartonnée, papier glacé que je caresse avec une certaine jouissance, et l'odeur de l'encre d'imprimerie achève de me combler. Ah, le jardins japonais, ma passion ne date pas d'hier ! Une de mes activités préférées chez les guides était la réalisation d'un jardin japonais dans une boîte à chaussures, souvenir, souvenir... Tellement impatiente de découvrir ces trésors de la Nature, j'ai failli passer l'Avant-propos mais j'ai vu un nom très connu à la première ligne, je m'y suis donc attardée : "Comme l'indique le grand Maître de thé Sen no Rikiyu au 16e siècle, il est bien naturel d'apprécier la beauté des fleurs en leur saison, mais découvrir celles des jeunes pousses sous la neige, voilà qui exige une sensibilité plus fine". Contemplation plus que connaissance... Et cet avant-propos se termine par l'extrait d'une lettre envoyée par Van Gogh à son frère Théo à la même époque : "Si on étudie l'art japonais, alors un voit un homme, incontestablement sage et philosophe et intelligent qui passe son temps à quoi ? À étudier la distance de la terre à la lune ? Non, à étudier la politique de Bismarck ? Non, il étudie un seul brin d'herbe.Mais ce brin d'herbe lui porte à dessiner toutes les plantes, ensuite les saisons, les grands aspects des paysages (...) Il passe ainsi sa vie et la vie est trop courte à faire le tout. Voyons, cela n'est pas presque une religion ce que nous enseigne ces Japonais si simples et qui vivent dans la nature comme si eux-mêmes étaient des fleurs.Et on ne saurait étudier l'art japonais, il me semble, sans devenir beaucoup plus gai et plus heureux, et il nous faut revenir à la nature malgré notre éducation et notre travail dans un monde de convention".Cet être tourmenté qu'était Vincent a tout compris... Ce livre, merveilleusement illustré, parcourt en 7 chapitres, l'histoire des ces jardins de la préhistoire à nos jours. Le chapitre Ier a pour titre Il y a bien longtemps... La préhistoire à l'aube de la sédentarité comporte 6 pages dont 3 de superbes photos. Avec une belle citation de Shigemori Mirei (1896-1975): "Si les dieux ont créé la nature, alors ils ont oublié de créer le jardin. C'est donc à nous les hommes de prendre leur place et de les concevoir"
Il ne reste pas de trace de cette époque, mais bien un jardin créé par Shigemori Mirei, un paysagiste. Ce lieu si paisible est appelé Iwakura, l'endroit que les dieux visitent
L e 2ème chapitre s'intitule Une promenade en barque... Époque de Nara (710-794) et de Heian (794-1185).
Ici non plus aucune trace de ces époques, par contre, bien un livre majeur de la littérature japonaise Le Dit du Genji, une pure merveille que j'ai déjà lu deux fois, mais je sens que la troisième ne tardera pas. Et des souvenirs, déjà anciens mais toujours très forts, me reviennent http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2009/12/hommage-maitre-itaro-yamaguchi.html , mais aussi celui de cette exposition au Musée Guimet, c'est une des plus fortes émotions esthétiques ressenties alors, j'y ai passé des heures j'y suis retournée deux fois. La seule chose que je regretterai toujours est de ne pas avoir acheté le magnifique coffret, j'étais déjà hyper chargée par "quelques livres", mais comme son prix était assez élevé, je me suis dit que je l'achèterais lors de mon prochain voyage, 2 mois plus tard... Malheureusement, il n'y en avait plus. Ce chapitre aborde l'influence chinoise sur l'élaboration des jardins. De jolies légendes aussi comme celle de la tortue et celle de la Grue sont sources d'inspiration pour l'aménagement de certains jardins. Je m'apprêtais à relire le chapitre suivant quand ma copine Marianne m'a téléphoné, elle souhaitait me parler, comme elle vit un deuil très douloureux vu les circonstances, j'ai accepté même si je suis bien impuissante à l'aider : son mari est décédé il y a 4 mois dans un accident de moto, malheureux mais tragiquement banal. Sauf que c'était sa dernière sortie après 44 ans de cette vie trépidante, il prenait sa retraite le 1er août, il avait revendu cet engin de mort pour aller s'installer dans le sud de la France où ils avaient une seconde résidence... Il n'avait jamais eu aucun accident avec cet engin et il était tout excité à l'idée de vivre une dernière fois ces sensations. Ceci explique-t-il cela ? Cette question qui ne trouvera jamais de réponse la hante et aucune parole ne pourra sans doute lui faire oublier cette dernière fois... Il l'avait serrée dans ses bras plus fort qu'à l'habitude, lui disant que c'est la dernière fois qu'elle aura à s'en faire, ce sont ces dernière paroles... Seule une présence amicale et sincère peut peut-être l'aider, mais je n'en suis pas sûre. Je n'ai pas eu la tête à reprendre cette lecture qui m'apporte tellement de joie et de sérénité, j'y reviendrai plus tard. Ce soir au journal télévisé de la RTBF, un reportage était consacré au Darjeeling, à la situation catastrophique là-bas qui met en péril les récoltes d'été. Et peut-être l'avenir des plantations... J'ai le plaisir de voir ma chère Carine qui expliquait en termes clairs et posés tout en nuance, à son image, ce qu'elle avait déjà pu percevoir lors de son récent voyage. Déplorable situation, l'exploitation de l'homme (et ici de la femme) par l'homme n'a jamais rien produit de bon... La folie des hommes est aujourd'hui "célébrée" à Hiroshima, il y a 72 ans, l'île "recevait" une bombe, atomique celle-là. Au moment où je voulais achever ce billet, mon téléphone retentit, c'était ma petite-fille Sarah, revenue définitivement de New York, un peu beaucoup de bonheur pour terminer ce week-end inattendu, du noir au grand bleu-soleil

2 commentaires:

Carine Amery a dit…

Chère Francine,

La lecture de ton billet me fait penser au fil rouge de la légende japonaise.

Dans cette vision, le thé serait pour nous ce fil rouge qui ne se rompt jamais et unit les êtres et les choses à travers le monde et le temps.

Bisous théinés au Yunnan

Carine

Francine a dit…

@ Carine: MERCI pour ces mots toujours très ... toi, ils m'ont touchée! J'ai relu cette légende que je connaissais déjà sauf que je la croyais chinoise... C'est ce que le texte disait à l'époque, mais peu importe.
Hier soir, j'ai regardé un documentaire sur Hiroshima, j'étais pétrifiée d'horreur et bouleversée par les témoignages des survivants... La guerre est vraiment l'absence d'humanité mais anéantir des civils en toute connaissance, cela dépasse l'abject absolu, d'autant qu'ç l'époque le Japon avait déjà perdu la guerre...
J'ai appris que la bombe sur Nagasaki est tombée le 9 et pas le 8, la même horreur à un jour près...
Ce matin, c'est avec ton Darjeeling que je t'embrasse, à bientôt